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Mon Livre d'Or  


Michelet (1798-1874)


 
Le plus souvent je partais pour le collège à jeun, l'estomac et la tête vides. Quand ma grand-mère venait nous voir, c'étaient les bons jours: elle m'enrichissait de quelque petite monnaie. Je calculais alors sur ma route ce que je pourrais bien acheter pour tromper ma faim. Le plus sage eût été d'entrer chez le boulanger; mais comment trahir ma pauvreté en mangeant mon pain sec devant mes camarades? D'avance, je me voyais exposé à leurs rires et j'en frémissais. Cet âge est sans pitié.
Pour échapper aux railleries, j'imaginai d'acheter quelque chose d'assez substantiel pour me soutenir, et qui ressemblât pourtant à une friandise. Le plus souvent, c'était le pain d'épice qui faisait les frais de mon déjeuner. Il ne manquait pas de boutiques en ce genre sur mon chemin. Pour deux sous on avait un morceau magnifique, un homme superbe, un géant pour la hauteur de la taille; en revanche, il était si plat que je le glissais dans mon carton, et il ne le gonflait guère.
Pendant la classe, quand je sentais le vertige me saisir et que mes yeux voyaient trouble par l'effet de l'inanition, je lui cassais un bras, une jambe que je grignotais à la dérobée. Mes voisins ne tardaient guère à surprendre mon petit manège. "Que manges-tu là?" me disaient-ils. Je répondais, non sans rougir: "Mon dessert,...."
Mes privations peuvent se résumer en trois mots: jusqu'à quinze ans, point de viande, point de vin, point de feu. Du pain, des lègumes le plus souvent cuits à l'eau et au sel.
La faim n'a pas été le seul tourment de mon enfance. Je me souviens surtout que j'ai eu froid. Nous n'allumions jamais de feu dans notre grande chambre, si ce n'est pour préparer les aliments, et, comme on l'a vu, ce n'était pas tous les jours nécessaire.
En toute saison, je portais un petit habit tête de nègre. Par les temps de gelée, il devenait fort sec. La bise me transperçait jusqu'à la moelle des os. N'importe, malgré l'hiver, les engelures qui s'ataient ouvertes et me faisaient cruellement souffrir, je me levais avant le jour. Je m'enfonçais dans mes chères études, y cherchant un secours, espérant oublier. Il me semblait que c'était anéantir la misère que d'y moins songer.

Après une enfance pénible au cours de laquelle il dut ravailler comme un ouvrier dans l'imprimerie de son père, pour aider sa famille à subsister, Michelet, à force de courage et malgré des privations de toutes sortes, put faire d'excellentes études. Il devint ensuite professeur, et fu l'un des grands écrivains de notre littérature et le plus grand historien du XIXème siècle.



 





 



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